Le discours clos

December 20, 2010

« Unifier des termes opposés comme le fait le style commercial et politique, c’est un des nombreux moyens qu’empruntent le discours et la communication pour se rendre imperméables à l’expression de la protestation et du refus. Comment la protestation et le refus peuvent-ils trouver le mot juste quand les organes de l’ordre établi admettent et publient que la paix doit toujours se trouver à la limite de la guerre, que les armes atomiques sont d’un prix avantageux, que les abris peuvent être confrotables? En faisant de ses contradictions le critère de sa vérité, cet univers de discours se ferme à tout autre discours qui n’emprunte pas ses termes. Et, par son aptitude à assimiler tous les autres termes aux siens, il offre la possibilité de combiner la plus grande tolérance avec la plus grande unité. Néanmoins c’est un langage qui témoigne du caractère répressif de cette unité. Il impose à celui qui le reçoit, des constructions où le sens est réduit et détourné, où le contenu est bloqué, il force à accepter ce qu’il offre sous la forme où il l’offre. L’usage des prédicats analytiques constitue une construction répressive de cette sorte. Le fait que le nom spécifique soit presque toujours accouplé aux mêmes adjectifs, aux mêmes attributs “explicatifs”, transforme la phrase en une formule hypnotique qui, répétée sans fin, fixe le sens dans l’esprit de celui qui la reçoit. D’autres significations du mot, essentiellement différentes (et peut-être vraies), ne lui viennent pas à l’esprit. » ~ “L’homme unidimensionnel”, H. Marcuse.

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