Une réalité d’idées

December 20, 2010

« Paradoxalement si on n’accorde plus au monde objectif que des qualités quantitatives, il devient, quant à son objectivité, de plus en plus dépendant du sujet qui l’appréhende. Ce long processus commence avec l’algébrisation de la géométrie qui remplace les figures géométriques “visibles” par des opérations purement mentales. Il trouve sa forme extrême dans quelques conceptions de la philosophie scientifique contemporaine pour lesquelles tout problème de science physique tend à se confondre avec des relations mathématiques ou logiques. La notion même d’une substance objective qui s’oppose au sujet semble se désagréger. En partant de directions très différentes, les savants et les philosophes de la science font les mêmes hypothèses selon lesquelles ils se refusent à admettre l’existence des “entités”. Par exemple, la physique “ne mesure pas les qualités objectives du monde extérieur, matériel — ces qualités ne sont rien d’autre que les résultats qu’obtient l’exécution des opérations”. Les objects n’existent plus que comme des “intermédiaires commodes”, des “postulats culturels” périmés. L’épaisseur et l’opacité des choses n’apparaisent plus: le monde objectif n’est plus un monde d’objets en opposition avec le sujet qui l’appréhende. Privée de son interprétation en termes de métaphysique platonicienne et pythagoricienne, la nature est une nature mathématisée, la réalité scientifique semble être une réalité d’idées. » ~ “L’homme unidimensionnel”, H. Marcuse.

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